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26/05/2026

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Le temps non clinique à l’hôpital : angle mort de la performance hospitalière

Réunions de service, staffs pluridisciplinaires, rédaction de protocoles, coordination, formation, encadrement, démarches qualité… Une part significative du travail médical et soignant à l’hôpital ne se déroule pas auprès du patient. Pourtant, ce temps non clinique reste largement invisible dans le pilotage des établissements publics de santé.

 

Le constat est documenté : selon les enquêtes institutionnelles menées sur les valences non cliniques, 64% des praticiens hospitaliers déclarent ne disposer d’aucun temps formellement dédié aux activités non cliniques (enseignement, recherche, management, qualité). Et lorsque ce temps existe, il représente en moyenne 10 à 20% du temps mensuel, soit l’équivalent d’une à deux demi-journées par semaine.

 

Or, dans un contexte de tensions sur les effectifs, d’exigences accrues de qualité et d’encadrement renforcé du temps de travail des praticiens, ne pas piloter le temps non clinique revient à laisser un pan entier de la performance hospitalière hors du radar.
Comment l’identifier, le mesurer et le structurer ?

 

Source : CME AP‑HP, Résultats des enquêtes sur les valences non cliniques des praticiens hospitaliers, présentation en CME du 8 novembre 2022 

Qu’est-ce que le temps non clinique à l’hôpital ?

Une réalité reconnue par le statut des praticiens

Le temps non clinique recouvre l’ensemble des activités qui ne relèvent pas directement du soin au patient, mais qui participent du fonctionnement de l’hôpital public. Il s’inscrit pleinement dans les obligations de service du praticien hospitalier.

 

Le Code de la santé publique distingue deux types d’activités non cliniques :

  • Les activités d’intérêt général (AIG), externes à l’établissement, prévues à l’article R. 6152-30 du CSP. Elles peuvent représenter jusqu’à 2 demi-journées par semaine pour un praticien à temps plein, et 1 demi-journée pour un praticien à 8 ou 9 demi-journées.
  • Les valences non cliniques, internes à l’établissement, définies à l’article R. 6152-826 du CSP. Elles concernent les fonctions transversales d’enseignement, de recherche, de management, de qualité ou de gestion des risques.

Le décret n° 2022-132 du 5 février 2022, complété par l’instruction DGOS/RH5/2022/59 du 28 février 2022, a consacré la possibilité, pour un praticien hospitalier à temps plein, de bénéficier de droit d’une demi-journée de valence non clinique par semaine, sur demande et après autorisation du chef de service ou de pôle.

Un périmètre large, qui ne se limite pas aux praticiens

Si le cadre statutaire du temps non clinique vise d’abord les personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques, la réalité organisationnelle dépasse largement ce périmètre.

 

Côté soignant et non médical, le temps non clinique recouvre par exemple :

  • les réunions de service et les transmissions ;
  • les démarches qualité, certification et évaluation des pratiques ;
  • la formation continue, le tutorat, l’accueil des stagiaires ;
  • la coordination avec les autres unités, les staffs pluridisciplinaires ;
  • les fonctions transversales (référents, IDE coordinateurs, cadres) ;
  • les tâches administratives liées au dossier patient.

Ces activités ne sont pas marginales. Elles structurent la qualité des soins, la conformité réglementaire et la cohésion des équipes. Elles relèvent pleinement du temps de travail effectif, c’est-à-dire du temps mis à disposition de l’employeur, comme le rappellent régulièrement les organisations représentatives de praticiens.

 

Temps non clinique, valence non clinique, AIG : ne pas confondre

  • Le temps non clinique est une notion organisationnelle large, qui recouvre toutes les activités hors soins direct.
  • La valence non clinique est sa traduction statutaire pour les praticiens hospitaliers, formalisée dans les obligations de service.
  • L’activité d’intérêt général (AIG) désigne spécifiquement les activités externes à l’établissement (mission de service public, expertise, enseignement extérieur).

Pourquoi le temps non clinique reste un angle mort du pilotage hospitalier ?

Une part substantielle du temps de travail… souvent absente du suivi

Selon le grade, entre 31% et 59% des praticiens déclarent moins de 10 heures de temps non clinique par mois, et 27 à 38% entre 11 et 20 heures (Source : CME AP‑HP, Résultats des enquêtes sur les valences non cliniques des praticiens hospitaliers, présentation en CME du 8 novembre 2022.).

Ces chiffres traduisent à la fois une activité réelle, mais largement insuffisante au regard des fonctions exercées, et surtout un suivi très inégal.

 

Dans les outils de gestion du temps de travail, la traçabilité du temps non clinique est rarement systématique :

  • Une réunion de coordination s’insère dans un planning sans toujours être tracée comme telle.
  • Un staff hebdomadaire peut être réalisé en marge des obligations de service.
  • Une formation interne est parfois absorbée dans le temps clinique, par défaut.

Ce manque de visibilité produit deux effets :

  • la charge réelle des praticiens et des soignants reste sous-estimée,
  • et les leviers d’organisation correspondants ne peuvent être mobilisés.

Un cadre réglementaire pourtant explicite

Pourtant, le temps non clinique fait l’objet d’une attention réglementaire croissante. La récente instruction DGOS/SDRH/RH5/2025/170 du 30 décembre 2025 relative au temps de travail des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques rappelle l’importance d’un décompte structuré, intégrant l’ensemble des activités relevant des obligations de service.

 

Ce cadre s’ajoute aux règles générales applicables dans la fonction publique hospitalière, notamment au décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l’organisation du travail. La traçabilité ne porte donc plus uniquement sur les heures cliniques, mais sur la totalité du temps engagé.

 

Sans suivi consolidé du temps non clinique, l’établissement ne dispose pas des éléments lui permettant de démontrer le respect de ces obligations.

Une exposition organisationnelle directe

L’absence de pilotage produit des effets concrets, qui s’installent progressivement :

  • Une charge de travail mal répartie, certains praticiens ou cadres absorbant des fonctions transversales sans formalisation ni reconnaissance.
  • Des projets stratégiques freinés, faute de temps identifié pour la qualité, la recherche ou la transformation numérique.
  • Une difficulté à objectiver les arbitrages d’effectifs, lorsque la donnée se limite à l’activité clinique visible.
  • Un risque accru sur l’attractivité médicale, les jeunes praticiens étant particulièrement attentifs à la reconnaissance des activités non cliniques dans leur projet professionnel.

À l’échelle de l’établissement, ces effets se traduisent par une perte d’efficience organisationnelle, alors même que les marges de manœuvre budgétaires sont déjà réduites.

Mesurer et piloter le temps non clinique : trois leviers concrets

1️⃣ Cartographier les activités et les valences existantes

La première étape consiste à objectiver la réalité du temps non clinique dans l’établissement. Cela suppose un travail conjoint entre la direction des affaires médicales, la DRH et les chefs de pôle, pour identifier :

 

  • les valences non cliniques formellement attribuées (enseignement, recherche, qualité, management) ;
  • les fonctions transversales exercées de fait, sans formalisation ;
  • les activités d’intérêt général autorisées au titre de l’article R. 6152-30 ;
  • les temps de coordination, de formation et d’encadrement intégrés au quotidien des équipes soignantes.

 

Cette cartographie permet de distinguer ce qui est prévu dans les obligations de service, ce qui est réalisé en pratique et ce qui reste invisible. C’est sur cette base que les arbitrages futurs peuvent reposer.

 

Quand la donnée RH devient un levier stratégique : Découvrez le deuxième Talk Show by Asys au cours duquel nous ouvrons le débat avec des regards croisés pour analyser ce que change vraiment la montée en puissance de la data RH dans les instances de direction.

 

2️⃣ Tracer le temps non clinique au même titre que l’activité clinique

Sans suivi outillé, le temps non clinique restera une zone grise. La gestion des temps et activités (GTA) doit pouvoir distinguer, pour chaque agent ou praticien, les différentes catégories de temps : temps clinique, temps non clinique formalisé, astreintes, formation, temps administratif.

 

Cette traçabilité repose sur quelques principes simples :

 

  • des catégories d’activité explicites, partagées entre la DAM, la DRH et les chefs de service ;
  • une déclaration intégrée au flux quotidien, et non rattrapée en fin de période ;
  • un rattachement aux obligations de service définies pour chaque praticien ou agent ;
  • une consolidation par pôle, par service et par catégorie, pour permettre l’analyse.

 

L’enjeu n’est pas de surveiller, mais de rendre visible. Une fois le temps non clinique tracé, il devient un objet de pilotage à part entière. Pour les directions hospitalières, c’est aussi la condition d’un dialogue de gestion plus précis avec les responsables médicaux. Un logiciel de gestion des temps et activités adapté aux contraintes hospitalières offre cette granularité, sans alourdir le quotidien des équipes.

 

3️⃣ Intégrer le temps non clinique dans la planification

Au-delà du suivi, la planification médicale et soignante doit intégrer le temps non clinique en amont. Trop souvent, les valences non cliniques sont conçues comme un complément, ajusté en fonction des contraintes de continuité des soins. Résultat : elles sont les premières sacrifiées en cas de tension.

 

Une planification mature suppose au contraire de :

  • réserver le temps non clinique dans le planning prévisionnel, au même titre que les vacations cliniques ;
  • anticiper les périodes de tension (vacances, épidémies, congés) pour éviter la suppression systématique de ces temps ;
  • objectiver les arbitrages lorsque la continuité des soins impose un report ;
  • suivre la consommation effective des valences sur l’année, pour ajuster les obligations de service à la réalité.

Cette approche transforme le temps non clinique en variable de pilotage, et non en variable d’ajustement. Pour les établissements multi-sites ou en GHT, elle suppose des règles homogènes, paramétrées dans un logiciel de planification capable d’absorber la complexité des cycles, des astreintes et des activités non cliniques.

 

“Aujourd’hui, Chronos nous permet d’automatiser l’ensemble du processus, offrant un gain de temps précieux et une meilleure fiabilité des données.”

Claire Dayon, cheffe de projet SIRH, GHT de Saône-et-Loire-Bresse Morvan

Du suivi du temps non clinique à la performance hospitalière

Un levier d’efficience organisationnelle

Mieux mesurer le temps non clinique permet de mieux l’organiser. Les directions disposent alors d’une lecture plus fidèle de la charge de travail réelle, et peuvent ajuster les arbitrages d’effectifs sur la base de données complètes. Les fonctions transversales (qualité, recherche, formation) gagnent en lisibilité, ce qui facilite leur reconnaissance et leur pilotage.

 

Cette visibilité contribue directement à l’efficience hospitalière. Les projets de transformation, les démarches qualité et les coopérations territoriales reposent en grande partie sur ces temps qui, tant qu’ils restent invisibles, peinent à être priorisés.

 

Un soutien à la qualité de vie au travail

Le temps non clinique joue également un rôle dans l’équilibre des équipes. Un temps de coordination, un staff pluridisciplinaire, un moment de formation ne sont pas du temps en moins pour le patient : ce sont des conditions de qualité du soin et de cohésion d’équipe.

 

Lorsque ces temps sont tracés et reconnus, ils participent activement à la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). À l’inverse, leur invisibilité contribue à la sensation de surcharge, en obligeant les professionnels à les absorber en marge de leur activité officielle.

 

Une donnée stratégique pour les directions

Pour la direction des ressources humaines comme pour la direction des affaires médicales, le temps non clinique consolidé devient une donnée stratégique. Il alimente les arbitrages budgétaires, les négociations sur les effectifs médicaux et soignants, ainsi que les discussions avec les ARS dans le cadre des contrats d’objectifs.

 

À l’échelle d’un GHT, cette donnée prend une dimension supplémentaire. Elle permet de comparer les pratiques entre établissements, d’identifier les déséquilibres et d’engager des démarches d’harmonisation, dans une logique de pilotage territorial.

Conclusion

Le temps non clinique souffre d'un mauvais cadrage. Tant qu'il est lu comme un coût, c’est-à-dire du temps soustrait au patient, il continuera d'être arbitré à la baisse, au coup par coup. Cette lecture entretient l'invisibilité et alimente la surcharge des équipes qui absorbent ces activités hors cadre.

Le déplacer dans le pilotage suppose un changement de regard. Le temps non clinique n'est pas un temps en moins : c'est le temps qui rend le temps clinique soutenable. Sans coordination, sans formation, sans qualité, l'activité de soins ne tient pas dans la durée.

La question à poser dans chaque établissement est somme toute assez simple : que sait-on réellement, aujourd'hui, du temps non clinique réalisé ? Combien d'heures, dans quels services, pour quelles fonctions ? Si la réponse ne vient pas immédiatement, le diagnostic est posé. C'est par là que commence le pilotage. 

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